Stage de survie Denis TRIBAUDEAU


Il y'a quelques jours; j'ai repris contact avec Denis et après avoir exposé mon projet de blog, je lui ai proposé de répondre à quelques questions qui me semblaient importantes.  Avant de repartir vers une série de stages grand froid, Denis a sympathiquement répondu à mes questions !

Lisez l'interview

Comment êtes-vous (toi et Nadia) arrivés à proposer des stages de survie? C’est au départ une aventure familiale ?

Pour nous, tout a commencé en 2008, à l’époque nous travaillions ma femme et moi dans le design et le graphisme pour des agences de pub. Nous étions les « directeurs artistiques »,  les « DA », les illuminés voir même les déjantés créatifs qui donnent vie aux campagnes de pub longuement pensées par des êtres supérieurs qu’étaient nos clients ! Les gaufrettes Vercades « c’est crousti fondant » c’est nous ….. NON JE PLAISANTE !

 

Un soir ma femme et moi, avons eu comme une sorte de révélation, une évidence ……

Comme si toutes les 2000 pièces d’un puzzle trouvées leur place en même temps ! Nous avions accumulé de l’expérience, voyages, treks, enfants, galères, joies, peines …. Bref, nous étions en pleine crise de la quarantaine. Nous voulions changer de vie, vivre de nos passions, recommencer de nouvelles aventures

 

Ce que je vous raconte là est terriblement banal, mais c’est vraiment comme cela que tout a commencé !

 

Un soir lors d’une réunion entre amis, une connaissance nous suggéra de « monter » des stages de survie ! Drôle d’idée ……. Quelques grammes d’alcool dans le sang plus tard, cela devint une idée géniale. Le lendemain nous étions entrain de plancher sur le sujet.  Et cela fait maintenant 8 ans que cela dure, nous sommes devenus les leaders sur le marché et nous effectuons plus de 50 stages dans l’année.

 

Je ne dors plus qu’une nuit sur 3 à la maison… ce qui donne un peu d’air à ma femme !

   

Comment pourrais-tu définir le terme « Situation de survie » et d’après toi ne souffre-til pas d’une image un peu trop extrême largement relayée par les média ?

C’est une vaste question ….. Pour faire simple : il existe autant de situation de survie que d’individus ! Chacun d’entre nous fixe la limite acceptable pour ne jamais la dépasser et se mettre en situation de survie.

 

Le mot survie aujourd’hui ’hui est un peu mis à toutes les sauces,  ainsi on parle de situation de survie aussi bien d’un militaire en OPEX,  que d’un candidat de télé-réalité confronté à des épreuves pour remporter un jeu !

Bref tout le monde peu subir dans sa vie aventureuse ou quotidienne une situation de survie. Il n’y a pas que Rambo ou Mike Horn qui devraient être  capable de survivre !

  

Je prétends que tout le monde peut être formé à réagir au mieux à un tel événement.

  

Après plusieurs années de voyage dans le monde, 559 stages et plus de 2000 stagiaires formés aux techniques de survie, pourrais-tu me faire un portrait-robot de tes stagiaires. Que viennent-ils chercher, l’aventure, une expérience, du défi… ?

 

Nous avons un peu de tout ….. Mais en moyenne c’est un homme de 25-35 ans qui souhaite se mesurer à la puissance de la nature et prouver qu’il est capable d’être un « homme ».

 

Mais de plus en plus de femmes assistent à nos stages, Je les considère même plus résistantes que nous les « machos » !

  

Quelle est votre plus belle rencontre lors d’un de vos stages ? As-tu une anecdote à nous raconter ?

Les plus grandes et belles rencontres sont bien sûr celles de l’environnement naturel dans sa toute puissance, hostile et généreux, puissant et fragile, meilleur ami et pire ennemi. Puis les hommes qui peuplent et survivent dans cette nature, les « Lahus » de Thaïlande, les « Massaï », les aborigènes et autres « périgourdins » qui m’ont tant appris

  

Et pour finir mes clients mes stagiaires sans qui je ne serais pas grand chose …… Tout compte fait !

  

Que dirais tu as tous ceux qui auraient envie de tenter l’expérience mais qui hésitent encore ?

Venez sans crainte, nous ne vous ferons pas ramper dans la boue en vous « gueulant » dessus et en vous humiliant !

 

Ici ce n’est pas la légion, ici on apprend à survivre dans la bonne humeur et sans prise de tête !

 

Si on te demandait de créer un stage spécial PEOPLE qui choisirais-tu parmi nos personnalités françaises acteurs, chanteur, homme politiques… ? 

  •  Christelle Gauzet (ma grande amie) pour sa gentillesse son charme et son esprit guerrier
  • Gérard Lanvin pour son coté ours au grand cœur et toujours volontaire
  • Kev Adams : pour sa jeunesse et sa fraîcheur
  • Omar Sy pour sa puissance et son sens du devoir
  • Clémentine Célarié pour son côté fonceur et bourrin
  •  Alice Taglioni pour sa grandeur sa sagesse et sa sérénité
  • Claude Onesta car il sait gérer les ego de chacun pour nourrir le collectif
  • Laura Flessel pour sa fureur de vaincre

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Extrait du carnet de route: Vendredi 30 Mai 2014

06H00 : Tout le monde dort encore, je me lève silencieusement. Le feu est éteint, il ne reste que quelques braises, mais suffisamment pour le faire repartir, je regarde le fond de soupe dans la gamelle, l’eau est verdâtre et peu appétissante. J’ enfile mes chaussures et je pars en direction des collets ravi à l’idée de ramener une bonne nouvelle à l’équipe. La lumière est aussi belle que celle du couché, Je sors de la forêt et le soleil levant illumine la clairière, les sons nocturnes s’endorment, les diurnes se réveillent. J’approche des pièges, le premier a disparu, certainement arraché par un animal, celui à l’entrée du terrier est toujours là mais vide. Je continue en direction du point d’eau, à l’instant précis où je m’apprête à bouger, le ragondin sort du terrier. Il se place à quelques centimètres du collet et plonge son regard dans le mien, j’en suis pétrifié d’étonnement. Dans ma main gauche, un bâton mais la distance est bien trop importante pour espérer m’en servir comme javelot je quitte son regard une seconde et la seconde suivante, il a disparu.

 

07H05 : Je suis de retour, le camp se réveille, j’informe tout le monde que les collets sont vides. Sur le chemin de retour, j’ai ramassé de la menthe sauvage et de l’ortie pour faire une décoction chaude en guise de petit déjeuner. Pour l’instant physiquement ça va, mais je sens que la journée va être longue et difficile. Denis nous a prévenus la veille que se serait certainement la plus difficile des journées. Une véritable épreuve physiologique et psychique, nous allons entamer la seconde journée sans nourriture. Dans un délai maximum de 48 heures sans apports extérieur, l’organisme comprend qu’il faut puiser dans les réserves de masses graisseuses pour alimenter l’organisme.

 

Au moins il y a de gras au plus l’impact sera violent car le corps s’attaquera aux muscles. Avec mes 16% de masse graisseuse, je sens que je vais souffrir…

 

8H00 : Nous sommes en route pour le second bivouac, une distance approximative de 15 km nous sépare de lui. Heure d’arrivée estimé, certainement en fin d’après-midi au regard de la carte, il y a une forêt à traverser et quelques points d’eau. Christophe est à la navigation, moi je surveille de très près l’évolution météorologique, nous sommes aux alentours de 1020 HP et la tendance est à la baisse. La carte nuageuse n’est vraiment pas évidente, le ciel est un vrai patchwork alternant entre soleil et nuages menaçants de toutes catégories.

 

11H00 : Nous somme enlacés depuis plus d’une heure dans un environnement palustre, la forêt est dense, chaude et humide. A l’aide d’arbres morts, nous traversons de grandes zones marécageuses, lorsque nous ne les grimpons pas. Cette végétation suffocante abrite de nombreux moustiques, l’eau prend parfois des reflets bleues métallisées comme polluée par des hydrocarbures, et dégage une odeur d’ œuf. La couleur et cette puanteur sont dues non pas à la pollution mais à la décomposition des matières organiques dans l’eau stagnantes. Il n’est pas rare d’observer des bulles de méthanes remonter et s’éclater en surface.

 

 


12H15 : Nous avons du mal à progresser le chemin se fait à la machette à travers les ronces et les lianes. Mon sac à dos est inadapté à cette densité végétale. Étroit et haut pour un meilleur équilibre en haute montagne, je dois très souvent m’accroupir pour passer sous des arbres morts. Quand je ne reste pas accroché aux ronces lorsque je taille le chemin à la machette.

 

13H00 : Enfin, nous sommes sortis de cet enfer vert, je suis moite, les moustiques et les ronces ne m’ont pas épargnés, étrangement je ne ressens plus la sensation de faim. Je bois régulièrement mais peu, je me rationne car il n’a plus de sources d’eau potables. Et nous n’avons pas le temps de collecter de l’eau pour la filtrer et la faire bouillir.

 

 

14H00 : La succession de vallons s’ enchaîne, nous traversons de frêles clairières, des monts chauves et des pâturages de bovins. Apres les moustiques des forêts, ce sont les mouches des déjections bovines ou les tiques des hautes herbes qui se nourrissent de nous. Sébastien dérobe un morceau de sel au nez et la barbe d’un bœuf. Nous stoppons tous devant une énorme fourmilière, c’est à nous maintenant de se nourrir de l'environnement. Je creuse la fourmilière, chaque larve de fourmis représente une calorie, elles ressemblent à des tic tacs, Les larves de fourmis n’ont pas vraiment de gout, je les avale une par une, en bouche j’ai essentiellement un gout terre. Il est surprenant de voir la vitesse à laquelle nous nous adaptons.

16H00 : Nous sommes enfin arrivés ! Le ciel est à l’orage et il pleut, mais la chance nous sourit, à la lecture des nuages et des données barométriques cela ne durera pas. Les visages sont fermés et blafards, l’ambiance n’est pas mauvaise, elle est tout simplement absente, nous sommes au bout des premières 48 heures sans nourritures, les quelques insectes que nous ingérons sont insuffisants pour nous permettre de fonctionner. Nos déplacements sont courts et ponctués de pauses, les gestes sont lents, lestés par des poids invisibles. Tout est encore à faire, notre bivouac est à la lisière d’une forêt, face à un champ. Nous devons encore construire notre abri, faire du feu et récolter de la nourriture.

16H30 : Assis sur un rondin de bois, j’essaye de rassembler l’énergie nécessaire à la conception d’un abri. La forêt nous fournis tous ce que nous avons besoin pour construire la hutte. Pour nous abriter tous les huit, elle fera environ 5-6 mètres de longueurs sur 1m50 de hauteur. Nous devons trouver 6 perches se terminant en Y et une grande d’environ 7 mètres pour réaliser le squelette. Il faudra ensuite une trentaine de perches pour structurer les pans et énormément de mousses pour tuiler la hutte. La conception n’est pas difficile, mais dans notre situation tous devient compliqué car la taille des perches impose de couper et tailler des arbustes à la machette. Nous sommes tous sur le pont prospectant le bois.

 

17h45 : La hutte est terminée, Christophe s’occupe du feu, Denis est parti chasser avec son arc. Maxime à la collecte d’insectes, les Sébastien à la cueillette, Julien, Gildas pose des collets et moi je m’occupe de l’eau car cette fois l’eau du ruisseau n’est pas potable, elle doit être filtrée, bouillie et minéralisée.

 

19H00 : Nous avons une dizaine de sauterelles et cloportes, accompagnés de quelques têtards. Le tout est très insuffisant pour nous huit, la soirée aurait pu être rude mais Denis reviens de la chasse avec un lapin et nous offre le plus beau des cadeaux. Une flèche à travers le gosier, le lapin de moyenne stature redonna du baume au cœur. Nous avons donc... un abri, du feu, de l’eau et de la Ô précieuse nourriture.

 

19H50 : La bonne humeur est de mise et même si le poids du lapin suffirait juste a bien nourrir 3 ou 4 d’entre nous. Il représente encore plus que de la simple nourriture.. Cela pourrait sembler étrange hors de son contexte mais nous avons tous une pensée pour le lapin...

  

20H15 : Nous sommes tous réunis autour du feu, le moment est agréable. Ce soir au dîner, décoction d’herbes, sauterelles, têtards grillés et lapin ! La soirée se passe agréablement, nous retrouvons rapidement des couleurs. Les mots sont joyeux et je note que l’épreuve de la faim s’est passée avec succès.

  

23h00 : Nous nous installons dans nos duvets, le sol est humide, cette nuit nous aurons froid.

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